Un client te demande combien tu prends la minute. Ou c’est toi qui te poses la question, parce qu’un prix par minute a l’air simple et rassurant. Sauf que ta dernière vidéo de 10 minutes t’a pris trois soirées, et que ton dernier short d’une minute t’a demandé une heure entière. Un débutant m’a posé une question proche en appel : « Et si la vidéo dure plus de 30 minutes […] ? » Il avait la bonne intuition : la durée compte. Mais elle ne compte pas comme on le croit, et c’est pour ça que le prix à la minute est un piège, pour toi comme pour ton client. D’ici la dernière ligne, tu sauras chiffrer une vidéo entière sans compter une seule minute.
La réponse courte. Le prix d’un montage vidéo à la minute ne veut rien dire, parce que la minute finale ne mesure pas ton travail. Ce qui le mesure, ce sont les rushs (tout ce que le client a filmé) et l’habillage (les titres, animations et sons que tu ajoutes). Prends une face caméra simple de 40 minutes : facturée autour de 200 €, elle revient à environ 5 € la minute, alors qu’un short d’une minute se facture 25 à 45 €. Chiffre plutôt la vidéo entière, à partir de la quantité de rushs, de l’habillage et du nombre d’allers-retours.
Ce que la minute finale ne montre pas
Une minute de vidéo finie peut sortir de deux minutes de rushs, ou de deux heures. Elle peut montrer une personne face caméra avec des sous-titres, ou être remplie d’animations, de bruitages et de couleurs reprises plan par plan. À l’écran, c’est la même minute. Dans ton logiciel, ce n’est pas la même journée de travail.
Le prix à la minute mesure la seule chose qui ne dit rien de ton effort : la durée du résultat final. Il oublie tout ce qui te prend vraiment du temps :
- le dérush, le tri des rushs avant de monter, qui prend souvent la moitié du temps de montage
- les choix : quoi garder, quoi couper, dans quel ordre
- l’habillage : les titres, les animations, le travail du son
- les allers-retours avec le client, c’est-à-dire ses séries de corrections
Si tu factures la minute, tu fais payer la petite partie qu’on voit, et tu offres tout le reste. Pour le voir noir sur blanc, il suffit de ramener mes propres prix à la minute.
Le prix à la minute sur trois vrais montages
Voici ce que donnent mes prix, ramenés à la minute. Pour la face caméra, la durée de 40 minutes est un exemple.
| Montage | Durée finale | Prix | Ramené à la minute |
|---|---|---|---|
| Short, Reel ou TikTok | Environ 1 minute | 25 à 45 € | 25 à 45 € la minute |
| Vidéo YouTube face caméra simple | 40 minutes (exemple) | Autour de 200 € | Environ 5 € la minute |
| Vidéo YouTube très travaillée | Variable | Jusqu’à 1 500 € | Impossible à ramener à la minute |
Maintenant, fais l’exercice dans les deux sens. Si tu appliquais le prix à la minute du short à cette face caméra de 40 minutes, elle coûterait entre 1 000 et 1 800 €, au lieu des 200 € qu’elle vaut. Si tu appliquais le prix à la minute de la face caméra à un short, il coûterait 5 €. Les deux sont absurdes. Aucun prix à la minute ne tient dans les deux cas.
C’est pareil pour la publicité. Je facture une journée de montage de publicités entre 200 et 600 €. Ce prix suit la journée de travail et le nombre de publicités prévu, pas les secondes livrées.
L’exercice à faire sur tes trois dernières vidéos. Pour chacune, note la durée finale, le temps passé et le prix. Divise le prix par la durée finale : tu obtiens ton prix à la minute. Divise ensuite le prix par ton temps : tu obtiens ton taux horaire. Tu verras que le prix à la minute saute d’une vidéo à l’autre sans rien t’apprendre. Ton taux horaire, lui, te dit tout de suite quelle vidéo était bien payée.
Et il y a pire que ces chiffres absurdes : la minute punit ce que tu fais de mieux.
Plus tu coupes, moins tu gagnes
Un bon monteur rend les vidéos plus courtes. Il coupe les silences, les répétitions, les passages où l’on décroche. C’est même une grande partie de ce que le client paie.
Avec un prix à la minute, chaque coupe te coûte de l’argent. Imagine une vidéo que tu pourrais livrer en 12 minutes. Tu sais qu’elle serait bien plus efficace en 9. À la minute, ces 3 minutes coupées font disparaître un quart de ta facture. Le prix à la minute te pousse à rallonger, alors que ton travail, c’est de resserrer.
Et ce n’est pas mieux pour le client. Il ne veut pas payer des minutes, il veut une vidéo que les gens regardent jusqu’au bout. Alors, si la minute ne marche ni pour toi ni pour lui, comment donner un prix ?
Chiffrer la vidéo entière en quatre questions
Tu chiffres la vidéo entière. Pour ça, pose quatre questions avant de donner un prix.
| Question | Pourquoi elle compte |
|---|---|
| Combien de rushs, et filmés avec combien de caméras ? | C’est le dérush, donc souvent la moitié de ton temps |
| Quel habillage ? Montre-moi une vidéo dont tu aimes le style | C’est ce qui fait passer une vidéo du bas au haut de la fourchette |
| Quelle durée finale vises-tu ? | Un repère utile, mais un repère parmi d’autres |
| Combien d’allers-retours ? | Deux, annoncés dès le premier message, et au-delà ils se paient |
Avec ces réponses, estime ton temps, multiplie-le par le taux horaire que tu vises, et arrondis à un prix pour la vidéo. Pour une vidéo YouTube, tu tomberas entre 200 et 1 500 € : je détaille chaque facteur dans le prix du montage d’une vidéo YouTube. Et pour les corrections, lis la règle des deux allers-retours.
Reste le moment où le client te redemande, malgré tout, ton prix à la minute.
Que répondre au client qui demande ton prix à la minute
Le client qui veut savoir combien coûte la minute ne cherche pas à te piéger. Il cherche un repère simple. Donne-lui mieux qu’un repère : un prix fermé, un total fixé une fois pour toutes. Par exemple :
Je ne facture pas à la minute, parce que ce qui prend du temps, ce sont tes rushs et l’habillage, pas la durée finale. Envoie-moi un aperçu de tes rushs et une vidéo dont tu aimes le style : je te donne un prix fermé pour la vidéo, deux allers-retours inclus.
S’il insiste pour avoir un repère avant de t’envoyer quoi que ce soit, donne-lui une fourchette par type de vidéo, pas par minute : une face caméra simple démarre vers 200 €, et une vidéo très travaillée peut atteindre 1 500 €. Il a son ordre de grandeur, et toi, tu ne t’es engagé sur rien.
Ton client y gagne : il connaît le total avant que tu commences, sans surprise à la fin. Et toi aussi, parce qu’un prix par vidéo te laisse vendre ce qu’il y a autour, comme des idées de sujets, des miniatures (les images qu’on voit avant de cliquer) ou des shorts. J’en parle dans les services à vendre en plus du montage.

Si tu veux voir ce que les créateurs paient selon les formats, des shorts aux forfaits mensuels, lis combien coûte un monteur vidéo, vu des deux côtés.
Une fois que tes devis, tes propositions de prix écrites, deviennent clairs, un nouveau risque apparaît.
Le prix fermé donné sans avoir vu les rushs
Celui-là arrive justement parce que ta méthode marche. Dans quelques mois, tes devis seront clairs, et tes clients diront oui plus vite. Tu vas alors prendre l’habitude de donner un prix fermé sur une simple description, du genre vidéo de 10 minutes, face caméra, rien de compliqué. Et tu recevras trois heures de rushs, deux caméras et un son à reprendre. Ton prix fermé se retourne contre toi.
Autant le savoir pendant que tes devis sont encore tout neufs. La parade : écris toujours tes hypothèses dans le devis, par exemple « à partir d’environ 30 minutes de rushs, une caméra ». Si ce que tu reçois est différent, tu envoies un nouveau devis avant de commencer, pas après.
Questions fréquentes
Combien coûte une minute de montage vidéo ?
Il n’existe pas de prix juste à la minute. Un short d’environ une minute se facture 25 à 45 €, alors qu’une face caméra simple de 40 minutes peut se facturer autour de 200 €, soit environ 5 € la minute. Ce sont la quantité de rushs et l’habillage qui font le prix.
Pourquoi certains monteurs affichent-ils un prix à la minute ?
Parce que c’est simple à lire pour le client. Mais cette simplicité cache le vrai travail, et elle pénalise le monteur qui coupe bien. Un prix par vidéo, avec ce qu’il contient, se lit tout aussi facilement.
Le prix à la minute marche-t-il pour les shorts ?
Non plus. Un short se facture à l’unité, entre 25 et 45 € à partir des rushs du client. Ce qui fait varier son prix, c’est l’habillage et le temps passé à chercher les bons moments, pas ses secondes.
Faut-il facturer selon la durée des rushs à la place ?
Pas seulement, mais c’est la première chose à regarder. Demande toujours combien de rushs tu vas recevoir, et écris-le dans ton devis.
Comment chiffrer quand on débute ?
Pars de vidéos simples, chronomètre-toi, et fixe un prix par vidéo. Mes repères sont dans combien facturer un montage quand on est monteur vidéo débutant. Et pour trouver à qui envoyer ce devis, lis la méthode du cadeau pour trouver des clients.
Ton prochain pas
Tu sais pourquoi la minute ne mesure pas ton travail, et comment chiffrer la vidéo entière à la place. Il te manque juste un vrai projet pour t’entraîner. Réserve un appel, c’est gratuit : envoie-moi une vidéo que tu dois chiffrer, et on fait ton devis ensemble. La prochaine fois qu’on te demandera ton prix à la minute, tu enverras un total que le client comprend du premier coup.
Faire mon prochain devis avec Théo

Théo Bayoux monte des vidéos depuis 2012 et a fondé Montage Guépard, l’accompagnement qui forme des monteurs freelances à trouver leurs propres clients. Son groupe de commandes a déjà confié plus de 2 000 shorts publicitaires à ses membres.




