Tu as passé une heure à préparer ton prix. Tu l’envoies, un seul chiffre, et le créateur te répond qu’il va réfléchir. Puis plus rien. Tu relis ton message en te demandant si tu as visé trop haut, ou si ton travail ne vaut pas ce chiffre. Sauf que le problème ne vient pas toujours de ton prix. Avec un seul chiffre, le créateur ne peut se poser qu’une question : oui ou non. Et non, c’est toujours plus facile à dire. Il existe une autre question, bien plus confortable pour toi : non plus s’il te prend, mais quelle offre il prend. Et cette question tient en trois prix.
La réponse courte. Une bonne offre de monteur vidéo freelance tient en trois niveaux, pas en un seul prix. Par exemple : 700 € pour la base (le montage des vidéos), 1 200 € pour l’intermédiaire (avec des shorts et les miniatures, ces images qu’on voit avant de cliquer), 2 600 € pour la complète (avec du motion design, des textes et des formes animés, que tu peux confier à quelqu’un d’autre en gardant 20 à 30 % du prix). Le client ne se demande plus s’il travaille avec toi, mais avec quel niveau.
Si tu envoies un seul prix, ce n’est pas un manque de talent. Sur les plateformes, on t’a habitué à répondre à une annonce avec un chiffre, un seul, posé à côté de dizaines d’autres. Ce réflexe te suit ensuite partout, même quand c’est toi qui écris à un créateur.
Un seul prix, une seule question : oui ou non
Quand tu donnes un seul prix, tu demandes au client de juger ce chiffre tout seul. Il n’a aucun repère, à part les autres monteurs qu’il a vus passer. Donc il compare ton prix au leur, et le plus bas gagne.
Avec trois niveaux, la comparaison change de camp. Le client ne compare plus ton prix à celui des autres : il compare tes trois offres entre elles. Il ne se demande plus s’il prend ce monteur, il se demande quelle formule lui va. Et tant qu’il se pose cette question-là, il travaille déjà avec toi dans sa tête.
Mais pour que la comparaison joue en ta faveur, les trois prix ne se choisissent pas au hasard.
Le même 700 €, vu de deux façons
Imagine ton offre à 700 € posée tout en haut d’une liste 200, 500 et 700 € : le client la trouve énorme, parce que tout le reste est plus bas. Pose la même offre tout en bas d’une liste 700, 1 200 et 2 600 € : elle a l’air raisonnable, parce que tout le reste est plus haut. Le chiffre n’a pas bougé d’un euro. Ce sont les prix d’à côté qui changent la façon dont le client le voit. Ça s’appelle l’effet d’ancrage : on juge un prix en le comparant aux prix qu’on voit autour.
Du coup, chacun de tes trois niveaux a un rôle précis.
Le niveau du haut sert de repère. C’est lui qui fixe l’échelle. À côté de 2 600 €, 1 200 € paraît accessible. Mais ce n’est pas un piège tendu au client : ce niveau doit être vrai, livrable, et certains clients le prendront.
Le niveau du milieu est celui que tu veux vendre. Tu le construis avec le plus de soin, parce que c’est lui qui équilibre ce que le client reçoit et ce que tu gagnes.
Le niveau du bas est la porte d’entrée. Il doit être honnête et complet pour ce qu’il promet. Un niveau de base au rabais, qui donne envie de partir, casse toute la grille.
Reste à savoir quoi mettre dans chaque niveau.
Construire ton offre de monteur vidéo freelance, niveau par niveau
Voici la grille de départ que j’utilise comme exemple. Le nombre de vidéos s’adapte au client, la logique reste la même.
| Niveau | Exemple de prix | Ce qu’il contient | Pour qui |
|---|---|---|---|
| Base | 700 € | Le montage des vidéos, deux allers-retours (deux séries de corrections du client), un délai fixé | Le créateur qui veut que ses vidéos sortent à l’heure |
| Intermédiaire | 1 200 € | La base, plus des shorts tirés des vidéos et les miniatures | Le créateur qui veut exister aussi en format court |
| Complète | 2 600 € | L’intermédiaire, plus le motion design | Le créateur qui veut une image travaillée |
Trois règles pour construire la tienne.
Chaque niveau ajoute quelque chose que le client voit. Des shorts, des miniatures, des animations. Jamais « plus d’heures » ou « plus de soin » : le client ne peut pas le voir, donc il ne peut pas le vouloir.
Une partie du travail peut partir chez quelqu’un d’autre. Le motion design, tu peux le confier à un motion designer, dont c’est le métier, et garder 20 à 30 % pour organiser le travail entre lui et le client. Par exemple, si le motion design pèse 1 000 € dans ton prix, tu en gardes 200 à 300 €, et le reste paie le motion designer. Le client, lui, ne parle qu’à toi.
L’écart entre les niveaux doit se voir. Si tes trois prix se ressemblent, l’effet d’ancrage ne joue plus. C’est l’écart entre la base et la complète qui donne au niveau du milieu son air raisonnable.
Une fois tes niveaux remplis, il te reste à leur trouver les bons mots.
Décris ce que le client obtient, pas ce que tu fais
Un créateur ne cherche pas « un montage avec titres et sound design ». Quand il choisit un monteur, il se pose trois questions : est-ce que tu comprends ma chaîne, est-ce que tu livres à l’heure, est-ce que tu tiens le rythme. Ton niveau de base doit répondre à ces trois questions, presque mot pour mot.
Donc décris chaque niveau par ce qu’il change pour lui :
- Base : tes vidéos sortent à l’heure, chaque semaine, montées par quelqu’un qui connaît ta chaîne.
- Intermédiaire : chaque vidéo vit aussi en format court, avec une miniature pensée pour elle.
- Complète : ta chaîne a une image à elle, qu’on reconnaît dès la première seconde.
Aucun niveau ne promet de vues. Tu promets ce que tu tiens entre tes mains : le délai, la qualité, tes conseils. C’est plus honnête, et c’est plus solide le jour où le client fait le point au bout d’un mois.
Avec les bons mots, ta grille est prête. Sauf qu’une grille envoyée trop tôt tombe à plat.
Présenter ta grille au bon moment
Ne l’envoie jamais avant d’avoir compris la chaîne. D’abord, tu regardes ses vidéos, tu repères ce qui lui manque, et dans l’idéal, tu lui as déjà offert un montage. Ensuite seulement, tu présentes trois niveaux remplis pour elle : pas des shorts en général, mais des shorts tirés de ses lives. Par exemple :
Voici trois façons de travailler ensemble. Base : tes 4 vidéos du mois montées, deux allers-retours, livrées sous 5 jours. [prix] Intermédiaire : la base, plus 2 shorts par vidéo tirés de tes moments forts et les 4 miniatures. [prix] Complète : l’intermédiaire, plus un habillage en motion design aux couleurs de ta chaîne. [prix] Dis-moi laquelle colle à ton rythme.
En appel, c’est pareil : tu annonces les trois prix, puis tu te tais, et tu laisses le client choisir. S’il te dit que c’est trop, ne baisse pas le prix : propose le niveau en dessous. J’explique ce réflexe dans quoi répondre quand un client trouve ton prix trop haut.

Tu te demandes sûrement si ces trois chiffres te vont, à toi qui débutes.
Adapter ton offre de monteur à ton niveau et à ton client
Les chiffres de 700, 1 200 et 2 600 € sont un exemple, pensé pour un créateur qui publie souvent. Avec un petit créateur, ou si tu débutes, tu réduis le nombre de vidéos, pas la structure. Tu gardes trois niveaux, et un vrai écart entre eux.
Pour savoir où placer ta base, regarde d’abord ce qui fait le prix du montage d’une vidéo YouTube, puis combien facturer un montage quand on est monteur vidéo débutant. Et pour voir ce que les créateurs paient vraiment selon les formats, lis combien coûte un monteur vidéo, vu des deux côtés.
Avec le temps, ta grille grimpe. Elle grimpe grâce à tes nouveaux clients, que tu signes chacun à ta grille du moment. Pourquoi c’est le chemin qui marche, je l’explique dans mon article sur l’augmentation de tes tarifs de monteur.
Et un jour, un de ces nouveaux clients va choisir le niveau le plus haut.
Le jour où un client choisit l’offre complète
Voilà une bonne nouvelle qui peut mal tourner. Dans quelques mois, un créateur va lire ta grille et choisir la complète. C’est ce jour-là que tu découvriras si ta grille était vraie. Si tu as mis du motion design dans ton offre sans savoir qui le ferait, tu vas te retrouver à le faire toi-même, la nuit, ou à chercher un motion designer en urgence, au prix qu’il voudra. Et tes 20 à 30 % disparaissent.
Mieux vaut y penser le jour où tu écris ta grille que le jour où un client la signe. Donc avant de montrer un niveau, sache exactement qui le livre. Trouve ton motion designer à l’avance, demande-lui son prix et ses délais, et teste-le sur un petit travail. Ta grille ne vaut que ce que tu peux livrer.
Questions fréquentes
Combien d’offres proposer à un client ?
Trois. Avec une seule, le client répond par oui ou par non. Avec trois, il compare tes offres entre elles au lieu de te comparer aux autres monteurs, et le niveau du milieu en profite.
Faut-il toujours utiliser 700, 1 200 et 2 600 € ?
Non, c’est un exemple pour un créateur qui publie souvent. Adapte le nombre de vidéos et les prix à ton client, mais garde trois niveaux et un vrai écart entre la base et la complète.
Comment sous-traiter le motion design ?
Sous-traiter, c’est confier une partie du travail à quelqu’un d’autre. Choisis un motion designer dont tu connais le travail, le prix et les délais, et garde 20 à 30 % pour l’organisation. Tu restes la seule personne à qui parle le client : c’est toi qui transmets ses retours et qui livres.
Et si le client veut un mélange de deux niveaux ?
C’est possible, mais le prix suit. S’il veut la base avec les miniatures, chiffre les miniatures en plus. Ne glisse jamais gratuitement un élément d’un niveau supérieur, sinon ta grille ne veut plus rien dire.
Où trouver les clients à qui présenter cette grille ?
Chez les créateurs, même petits, qui vendent un coaching, une formation ou un service. Pour leur écrire, appuie-toi sur ma méthode de démarchage pour monteurs débutants. Et si tu pars de zéro, commence par les 5 étapes pour devenir monteur vidéo.
Ton prochain pas
Tu sais construire une offre à trois niveaux et la présenter sans baisser ton prix. Il reste à la remplir pour une vraie chaîne, avec ce qui manque à cette chaîne-là. Bloque un appel gratuit : on construit ensemble tes trois niveaux pour le créateur que tu vises. Aujourd’hui, tu envoies un chiffre et tu attends. Bientôt, tu envoies trois niveaux, et c’est le créateur qui te dit lequel il prend.
Construire ma grille avec Théo

Théo Bayoux monte des vidéos depuis 2012 et a fondé Montage Guépard, l’accompagnement qui forme des monteurs freelances à trouver leurs propres clients. Son groupe de commandes a déjà confié plus de 2 000 shorts publicitaires à ses membres.




