Le créateur que tu as démarché t’a répondu. Il te propose un appel jeudi, à 18 h. Tu as fait le plus dur, et pourtant, c’est maintenant que ton ventre se serre : qu’est-ce que tu vas lui dire, et s’il te pose une question à laquelle tu ne sais pas répondre ? Un futur monteur me l’a confié en appel : « Je suis de nature très réservée et très, très timide à la base. » Bonne nouvelle : dans un bon appel découverte avec un client freelance, ce n’est pas toi qui parles le plus. Tu vas repartir d’ici avec tes dix questions, tes trois offres et la phrase qui conclut l’appel.
La réponse courte. Dans un appel découverte avec un client freelance, c’est lui qui parle, et toi qui poses les questions. Tu lui en poses dix : ce que ses vidéos doivent lui rapporter, combien il en publie, les montages qu’il aime, ses délais et son budget. Ensuite seulement, tu proposes trois offres avec deux allers-retours inclus (deux séries de corrections), et tu conclus avec une date de démarrage.
Ce stress, beaucoup de gens me le décrivent, et il ne vient pas d’un manque de niveau. Il vient de l’école : à l’oral, on t’a appris à parler de toi devant quelqu’un qui te juge. Un appel client, c’est l’inverse. Tu écoutes quelqu’un qui a un problème, et tu l’aides à le régler.
Dans un appel découverte, c’est le client qui parle
La plupart des débutants préparent leur premier appel client comme un examen. Ils répètent leur parcours, la liste de leurs logiciels, les effets qu’ils savent faire. Sauf que le créateur, en face, ne t’appelle pas pour t’écouter réciter. Il t’appelle parce qu’il a un problème : des vidéos à sortir, et pas le temps de les monter.
Ce qu’il veut savoir tient en trois questions. Est-ce que tu comprends ma chaîne ? Est-ce que tu livres à l’heure ? Est-ce que tu tiens le rythme, par exemple quatre vidéos par mois ?
Et ces trois questions, tu n’y réponds pas en parlant de toi. Tu y réponds en lui posant les bonnes questions sur lui. Le monteur qui demande « qu’est-ce que cette vidéo doit te rapporter ? » montre déjà qu’il comprend la chaîne. Celui qui parle de Premiere Pro montre seulement qu’il a un logiciel.
Si c’est encore le premier message qui te bloque, commence par ce qui t’empêche d’oser démarcher. Pour l’appel, il te faut une liste.
Les 10 questions à poser à un client de montage
Écris-les sur une feuille, coche-les au fur et à mesure, et note ses réponses avec ses mots à lui. Tu t’en serviras pour écrire ton devis (le document qui détaille ce que tu fais et pour quel prix).
Son objectif
- « Qu’est-ce que tes vidéos doivent te rapporter : des vues, des abonnés ou des ventes ? » C’est la question la plus importante. Un coach qui vend un accompagnement n’attend pas la même vidéo qu’un créateur qui vit de la publicité.
- « Qui regarde tes vidéos ? » Leur âge, leur niveau, ce qu’ils viennent chercher. Tu montes pour eux, pas pour toi.
- « Laquelle de tes vidéos a le mieux marché, et pourquoi d’après toi ? » Tu l’auras regardée avant l’appel. Sa réponse te dit ce qu’il appelle une réussite.
Sa production
- « Combien de vidéos veux-tu publier par mois ? » C’est la cadence. C’est elle qui décide si tu proposes un prix par vidéo ou un forfait mensuel (un prix fixe chaque mois).
- « Comment tu tournes, et comment tu m’envoies les rushs ? » Les rushs, ce sont les images brutes. Une heure de rushs pour une vidéo de dix minutes, ce n’est pas le même travail que dix minutes filmées proprement.
- « Tu fais des shorts à partir de tes vidéos longues ? » Souvent, la réponse est non. Tu viens de trouver une offre en plus, et c’est lui qui te l’a donnée.
Ses goûts
- « Montre-moi un montage que tu aimes, chez toi ou chez un autre créateur. » Un exemple vaut mieux qu’une description. Demande-lui le lien pendant l’appel.
- « Qu’est-ce que tu n’aimes pas dans tes vidéos actuelles ? » Là, il te dit exactement quoi soigner dans ta première livraison.
Délais et budget
- « Combien de temps après l’envoi des rushs tu as besoin de la vidéo, et qui la valide ? » Ses réponses décident de ton planning et du nombre de corrections.
- « Tu as déjà travaillé avec un monteur ? Tu mettais combien, par vidéo ou par mois ? » S’il n’en a jamais eu, demande-lui quel budget il avait en tête. Ne donne jamais ton prix avant d’avoir sa réponse.
Pose-les dans l’ordre, sans te presser. Plus il parle, plus ta proposition sera juste. Et au passage, tu as fait ce que presque aucun monteur ne fait : comprendre sa chaîne avant d’y toucher.

Tu sais ce qu’il veut. À toi de lui dire ce que tu proposes.
Présenter tes trois offres pendant l’appel découverte
Une fois que tu as ses réponses, résume-les en une phrase : « Si je résume, tu veux quatre vidéos par mois, livrées en trois jours, pour vendre ton coaching. » S’il est d’accord, et seulement là, tu proposes.
Évite de proposer un seul prix. Propose trois offres. Si ton offre la plus haute est bien au-dessus des deux autres, celle du milieu paraît tout de suite raisonnable. Présentée toute seule, cette même offre lui aurait semblé énorme. C’est ce qu’on appelle l’effet d’ancrage : ton client juge chaque prix en le comparant au premier qu’il a vu.
Construis tes trois offres avec ce qu’il vient de te dire :
| Offre | Ce qu’elle contient | Pour qui |
|---|---|---|
| Base | Le montage de ses vidéos, deux allers-retours inclus | Il veut juste se libérer du montage |
| Intermédiaire | La base, plus les shorts et les miniatures | Il t’a dit qu’il ne faisait pas de shorts |
| Complète | L’intermédiaire, plus du motion design | Il veut une chaîne qui se démarque |
La miniature, c’est l’image qui donne envie de cliquer sur la vidéo. Le motion design, ce sont des textes et des formes qui bougent à l’écran. Pour l’offre complète, tu peux confier le motion design à quelqu’un dont c’est le métier, et garder 20 à 30 % du prix pour organiser le travail.
Annonce les deux allers-retours inclus à voix haute, maintenant. Au-delà, chaque correction se facture. Dit pendant l’appel, ça passe tout seul. Découvert à la troisième correction, ça devient une dispute.
Si tu ne sais pas encore quels montants mettre dans tes trois offres, lis d’abord combien facturer un montage quand on débute. Par contre, même avec les bonnes offres, quelques réflexes peuvent tout faire capoter.
Trois réflexes qui font perdre un client en appel
Parler de toi. Ton parcours tient en une phrase. Le reste du temps, on parle de sa chaîne.
Parler de ton logiciel. Il ne sait pas ce qu’est une image clé, et il n’a pas besoin de le savoir. Parle de ce qu’il va recevoir : une vidéo que les gens regardent jusqu’au bout, livrée à l’heure.
Promettre des vues. Tu ne décides pas qui voit ses vidéos, c’est YouTube qui le décide. Ce que tu peux tenir, c’est la date de livraison, la qualité de finition et tes conseils. Le monteur qui promet des vues perd sa crédibilité à la première vidéo qui ne marche pas.
Il y en a un quatrième, plus discret : lister tout ce qui ne va pas sur sa chaîne. Même si tu as raison, personne n’aime entendre une liste de reproches. Montre-lui un seul trou, avec la façon dont tu le bouches : « Tes lives ne sont jamais repris en best-of, je peux t’en monter un à partir du dernier. »
Et si la peur de mal faire te paralyse, c’est souvent le perfectionnisme, ce défaut qui fait perdre tant de temps aux monteurs. Un appel pas parfait, mais qui a lieu, vaut mieux qu’un appel parfait que tu repousses. Il reste la partie qui fait le plus peur : la fin.
Conclure l’appel sans forcer
La fin d’un appel découverte tient en trois étapes.
D’abord, tu lui demandes laquelle des trois offres lui parle. Pas « alors, ça t’intéresse ? », qui appelle un « je vais réfléchir ». Une question où il choisit.
Ensuite, tu proposes une date. « Si tu m’envoies les rushs lundi, tu as ta première vidéo jeudi. » Une date précise rend le démarrage réel.
Enfin, tu envoies le devis le jour même. Un devis clair : l’offre choisie, le prix, les deux allers-retours inclus, le délai de livraison, et un paiement au début du mois. Si tu attends trois jours, son envie retombe.
Et s’il dit non ? C’est non. Tu le remercies, tu notes ce qui a bloqué, et tu reviens vers lui plus tard avec une idée de vidéo. Un silence, par contre, n’est pas un non : tu relances. La relance est expliquée dans la méthode pour trouver des clients quand on est monteur vidéo débutant.
Une fois le client signé, le vrai travail commence, parce que c’est ta régularité qui fait qu’un créateur te garde. J’en parle dans comment fidéliser tes clients de montage.
Le prix que tu annonces ce jour-là te suit
Une dernière chose, et elle concerne la fin de ton appel, quand tout se passe bien. Dans quelques semaines, tu seras au téléphone avec un créateur emballé. Il est d’accord sur tout, il veut commencer vite. Et au moment d’annoncer ton prix, tu le baisses de toi-même, pour être sûr qu’il signe. Ça marche : il signe.
Le problème, c’est que ce chiffre va rester dans sa tête pour toujours. Six mois plus tard, tu seras meilleur et plus rapide, et lui pensera encore au prix du premier jour. Avec un client déjà signé, le prix ne monte presque jamais. Pour gagner plus, tu devras trouver d’autres clients.
Je t’en parle avant l’appel, parce que sur le moment, on baisse sans réfléchir. Si son budget est trop bas, ne touche pas à ton prix. Retire quelque chose de l’offre : moins de vidéos, pas de shorts, pas de miniature. Ton prix reste le tien, et la porte reste ouverte pour plus tard.
Questions fréquentes
Combien de temps doit durer un appel découverte ?
Le temps de poser tes dix questions et de présenter tes trois offres, pas plus. Tant qu’il parle de sa chaîne, laisse-le parler : c’est bon signe. Dès que tu as tes réponses, passe aux offres.
Faut-il allumer sa caméra pendant un rendez-vous client ?
Oui. C’est avec le visage qu’on crée des émotions, et c’est comme ça que la confiance s’installe. Si tu es timide, pose tes questions sur une feuille à côté de l’écran : tu n’auras qu’à les lire.
Et s’il me demande mon portfolio ?
Montre-lui le montage que tu lui as offert pour le démarcher, ou un extrait monté à partir de sa propre vidéo. C’est plus parlant que n’importe quelle démo. Si tu pars de zéro, les étapes sont dans devenir monteur vidéo sans diplôme et sans attendre d’être prêt.
Faut-il annoncer son prix pendant l’appel ?
Oui, à travers tes trois offres, une fois que tu as ses dix réponses. Ensuite, tu confirmes tout par écrit dans le devis, envoyé le jour même.
Que faire s’il ne répond plus après l’appel ?
Relance une fois, quelques jours plus tard, avec une phrase simple et une idée de vidéo pour sa chaîne. Ne pas répondre ne veut pas dire refuser : il est souvent juste débordé.
Ton prochain pas
Jeudi, 18 h, tu peux improviser, parler de toi pendant vingt minutes et entendre « je vais réfléchir ». Ou tu peux arriver avec tes dix questions et tes trois offres, et raccrocher avec un client qui attend ton devis. Réserve un appel gratuit avant le sien : on prépare ensemble tes questions, tes trois offres et le prix à annoncer pour ce créateur-là. Ce jeudi-là, c’est toi qui mènes l’appel.
Préparer mon appel client avec Théo

Théo Bayoux monte des vidéos depuis 2012 et a fondé Montage Guépard, l’accompagnement qui forme des monteurs freelances à trouver leurs propres clients. Son groupe de commandes a déjà confié plus de 2 000 shorts publicitaires à ses membres.





