Tu repousses ton premier message depuis des semaines, parce que ton portfolio de monteur vidéo n’est « pas encore prêt ». Un portfolio, c’est le dossier qui montre tes meilleurs montages, et le tien a toujours un trou : il manque un extrait, une transition à refaire, un site à créer. Chaque fois que tu en corriges un morceau, tu en trouves un autre. Et au fond, tu as peur qu’un créateur ouvre ton lien, regarde dix secondes et se dise que tu n’es pas au niveau. Hassen a passé quinze ans en boulangerie avant de devenir monteur freelance, et dans l’interview qu’on a tournée pour la chaîne, il a dit cette phrase : « À aucun moment ils ont voulu voir un portfolio. » Tu vas voir ce que tes futurs clients veulent regarder à la place, et quoi mettre dans ton portfolio le jour où tu en fais un.
La réponse courte. Au début, tu n’as pas besoin d’un portfolio de monteur vidéo : le meilleur, c’est un montage tiré de la vidéo du client que tu vises, offert. Quand tu en fais un, il tient en deux minutes au plus, avec trois ou quatre extraits dans le format de tes clients, derrière un seul lien. Pas de showreel de cinq minutes rempli d’effets.
Si tu crois qu’un portfolio doit impressionner, ce n’est pas ta faute. Les vidéos qui t’apprennent le montage sont pleines d’effets, de transitions et de plugins. Elles ne te disent jamais ce qu’un client regarde vraiment avant de dire oui. Alors on commence par là.
Pourquoi un montage de sa vidéo bat n’importe quel portfolio de monteur vidéo
Un portfolio, c’est un catalogue. Le créateur doit faire un effort d’imagination : se demander si ce que tu as monté pour un autre marcherait chez lui. Un créateur occupé ne fait pas cet effort. Il ferme l’onglet.
Un montage de sa propre vidéo, c’est l’inverse. Il n’a rien à imaginer, parce qu’il voit sa chaîne, en mieux.
Prends un formateur qui publie des lives d’une heure, jamais découpés. Tu prends son dernier live, tu en tires un extrait d’une minute, avec des sous-titres, et tu le lui envoies. Ce qu’il regarde, ce n’est pas ton travail sur la vidéo d’un autre. C’est son propre live, devenu une vidéo qu’il peut poster dès demain.
C’est tout le principe de la méthode du cadeau pour trouver des clients quand on débute : au lieu de demander qu’on te fasse confiance, tu montres le résultat avant qu’on te le demande. Ton cadeau devient ton portfolio. Mais un jour, tu auras quand même besoin d’un lien à donner.
Ce que doit contenir ton portfolio de monteur vidéo quand tu en fais un
Ce jour-là, tu voudras un lien à mettre dans ta bio, sur un profil ou en bas de tes emails. Et pour que ce lien fasse signer, il doit suivre quelques règles simples.
Deux minutes au maximum, en tout. Peu de gens regardent un portfolio jusqu’au bout. Donc ton meilleur extrait passe en premier.
Dans le format de tes clients. Tu vises des coachs sur Instagram ? Mets des Reels (les vidéos courtes et verticales d’Instagram), face caméra, avec des sous-titres. Des YouTubeurs ? Des extraits de vidéos longues, avec leur rythme et leur habillage (les textes, la musique, les animations). Des e-commerçants ? Des pubs courtes. Un portfolio qui mélange un mariage, un clip de rap et un tuto de jeu vidéo dit surtout une chose : tu ne sais pas pour qui tu travailles.
Trois ou quatre extraits, pas quinze. Mieux vaut trois montages que tu assumes complètement que quinze montages moyens.
Une ligne d’explication sous chaque extrait. Pour qui tu l’as monté, et pour quoi faire : gagner des vues, gagner des abonnés, ou vendre. Cette ligne montre que tu penses comme un client, et pas seulement comme un monteur.
Ton visage et un moyen de te joindre. Ton futur client aime savoir qui se cache derrière le lien.
| À mettre | À éviter |
|---|---|
| 2 minutes en tout | 5 minutes de démo |
| Le format de tes clients | Tous les styles mélangés |
| 3 ou 4 extraits assumés | 15 extraits moyens |
| Une ligne de contexte par extrait | Des titres comme « Projet 7 » |
| Ta photo, ton contact | Un logo et un pseudo |
Tout ça, c’est bien, mais il te faut d’abord des montages à y mettre. Et c’est souvent là que tout s’arrête.
Pas de client, pas de rushs : où trouver de quoi monter
« Je n’arrive pas à trouver des rushs de YouTubeurs qui ne sont pas déjà montés avec des effets. » Un membre de mon groupe m’a dit ça, et c’est un blocage très courant. Les rushs, ce sont les images brutes, avant le montage. Sauf que tu n’as pas besoin de rushs pour commencer.
Prends une vidéo longue déjà publiée, et tires-en un short (une vidéo verticale de moins d’une minute). Le montage, à ce moment-là, c’est choisir le bon moment, couper, trouver le rythme, ajouter les sous-titres. C’est exactement ce que le créateur ne fait pas lui-même, et c’est exactement ce que tu lui offres.
L’exercice, chronomètre en main. Prends la dernière vidéo longue d’une chaîne que tu aimerais avoir comme cliente. Lance un minuteur d’une heure. Trouve le moment le plus fort, et monte un short de moins d’une minute, sous-titres compris. Quand le minuteur sonne, tu exportes, même si ce n’est pas parfait. Tu viens de faire ton premier extrait de portfolio, et ton premier cadeau.

Ton extrait est prêt. Il faut maintenant le mettre quelque part où un créateur peut le regarder en un clic.
Où héberger ton portfolio, simplement
Pas besoin de site internet au début. Un seul lien suffit.
Le plus simple, c’est une vidéo YouTube « non répertoriée ». Selon l’aide YouTube, une vidéo non répertoriée n’apparaît ni dans les résultats de recherche ni sur ta chaîne, mais toute personne qui a le lien peut la regarder, même sans compte Google. Tu crées une playlist non répertoriée avec tes trois ou quatre extraits, et tu as ton portfolio.
Si tu crées un profil sur une plateforme, mets-y les mêmes extraits, dans le même ordre. Je te donne mon avis sur l’une d’elles dans l’article sur Malt pour un monteur vidéo.
Et teste toujours ton lien en navigation privée avant de l’envoyer. Un lien qui demande une autorisation, c’est un créateur qui ne regarde pas. Reste l’erreur que font presque tous les débutants au moment de choisir quoi montrer.
L’erreur classique : le showreel de cinq minutes d’effets
Un showreel, c’est un montage qui enchaîne tes plus beaux passages. Beaucoup de débutants pensent qu’il doit impressionner, alors ils empilent : un texte qui bouge, un éclair, un zoom et une transition, tout ça en trois secondes. Ça ne respire pas. Et c’est justement à ça qu’un client repère un débutant.
Un client qui cherche un monteur ne te demande pas combien d’effets tu connais. Il veut savoir si tu as compris sa chaîne, si sa vidéo arrivera à l’heure, et si tu tiendras le rythme, par exemple quatre vidéos par mois. Ton portfolio doit répondre à ces trois questions-là, pas à « est-ce qu’il connaît tous les plugins ? ». Ce sont aussi elles qui te permettent de facturer correctement, et je donne mes prix dans combien facturer un montage quand on débute.
Et si tu bloques parce que tes montages ne te semblent pas assez bons ? Un futur monteur m’a dit en appel : « Je suis un peu en mode : il faut que je fasse les meilleurs montages du monde. » C’est normal de penser ça au début. Sauf que tu progresses en montant de vraies vidéos pour de vrais clients, pas en peaufinant un showreel que personne ne regardera.
Quand tes cadeaux deviennent bons, ne les déguise pas
Ce qui suit ne te concernera pas tout de suite, mais ça arrivera. D’ici quelques mois, tes cadeaux seront vraiment bons. Tu auras dans ton dossier des montages pour des créateurs connus, des montages offerts que certains n’ont jamais postés ni payés. Et tu seras tenté de les présenter comme des clients.
Un membre de mon groupe l’a très bien résumé : « Les prospects, s’ils te demandent si tu as vraiment fait du montage pour un gros YouTubeur, on ne peut pas leur mentir. » Un seul message au créateur suffit pour vérifier. Et un mensonge découvert te coûte bien plus qu’un client : il te coûte ta parole.
Je t’en parle maintenant, parce que la tentation arrive précisément quand tu deviens bon. La parade est simple : sous ce que tu as offert, écris « montage proposé à [chaîne] », et réserve le mot « client » à ce qui a été payé. Un montage offert bien fait reste une vraie preuve. Il n’a pas besoin d’être déguisé.
Questions fréquentes
Faut-il un site internet pour son portfolio de monteur vidéo ?
Non, pas au début. Une playlist YouTube non répertoriée avec trois ou quatre extraits suffit. Le site viendra plus tard, quand tu auras des clients et des résultats à montrer.
Combien de vidéos mettre dans un portfolio ?
Trois ou quatre extraits, deux minutes en tout, dans le format des clients que tu vises. Ton meilleur extrait en premier.
Un showreel, c’est utile ?
Oui, s’il est court et dans le format de ta cible. Cinq minutes d’effets enchaînés, non : c’est justement ce qui fait repérer un débutant.
Que mettre dans son portfolio quand on n’a aucun client ?
Des shorts tirés des vidéos de créateurs que tu aimerais avoir comme clients, présentés honnêtement comme des propositions. Le plan en 7 jours pour décrocher ton premier client part exactement de là.
Faut-il adapter son portfolio à chaque client ?
Oui, au moins l’ordre des extraits. Et pour les chaînes que tu veux vraiment, remplace ton portfolio par un montage de leur propre vidéo. Je t’explique comment les approcher dans comment contacter un YouTubeur pour devenir son monteur.
Ton prochain pas
Tu peux passer encore deux mois à peaufiner un portfolio que personne n’a demandé. Ou tu peux monter, cette semaine, un seul short pour la bonne chaîne, et le lui offrir. Les clients de Hassen n’ont jamais demandé à voir le sien, et les tiens regarderont d’abord ce que tu as fait pour eux. Réserve un appel gratuit : on choisit ensemble la chaîne et la vidéo dont tu vas tirer ton premier cadeau. Le jour où ce créateur te répond, ce n’est pas ton portfolio qu’il aura aimé. C’est ton travail sur sa vidéo à lui.
Choisir mon premier montage cadeau

Théo Bayoux monte des vidéos depuis 2012 et a fondé Montage Guépard, l’accompagnement qui forme des monteurs freelances à trouver leurs propres clients. Son groupe de commandes a déjà confié plus de 2 000 shorts publicitaires à ses membres.





