L’IA va-t-elle remplacer les monteurs vidéo ? Ma prédiction pour 2028

Vue du dessus : Théo Bayoux à son bureau de montage en terrasse

Tu as vu une IA écrire des sous-titres en quelques secondes, ou couper tous les silences d’une vidéo d’un seul clic. Et une petite voix te demande si tu n’es pas en train d’apprendre un métier qui sera mort avant ton premier client. Un futur monteur m’a posé cette question en appel, avec ses mots : « J’avais payé, moi, un audit de chaîne, 2 000 balles, il y a 3-4 ans. Et au final, [l’IA], il le fait en un quart d’heure. » Un audit de chaîne, c’est une analyse complète d’une chaîne YouTube pour savoir quoi améliorer. Puis il a ajouté : « Justement, est-ce que le montage, ça va pas être remplaçable dans pas longtemps ? » Tu vas découvrir quels monteurs l’IA va remplacer, lesquels vont augmenter leurs prix, et de quel côté tu peux te placer dès aujourd’hui.

La réponse courte. Oui, l’IA va remplacer des monteurs vidéo, mais pas ceux que tu crois. D’ici dix-huit mois, il y aura deux types de monteurs. L’exécutant, qui fait ce que l’IA sait déjà faire, va disparaître. Le monteur qui décide, qui se sert de l’IA pour aller plus vite et pour trouver ses clients, et qui vend ses choix, va augmenter ses prix. Ton travail, dès aujourd’hui, c’est de te placer du bon côté.

Cette question revient souvent dans mes appels. Je monte depuis 2012, et voilà ce que j’ai compris : l’IA ne remplace pas un métier d’un coup, elle remplace des tâches, une par une. Si tu as peur, ce n’est pas ta faute. La plupart des formations t’apprennent à appuyer sur les bons boutons, c’est-à-dire exactement ce que l’IA fait de mieux en mieux, et presque aucune ne t’apprend à décider. Et toi, la seule chose qui compte, c’est de savoir quelles tâches tu fais.

Ce que l’IA a déjà remplacé dans le travail d’un monteur vidéo

Regarde ce qui a déjà disparu, ou presque, des journées d’un monteur :

  • l’audit de chaîne, qui se payait 2 000 € et se fait aujourd’hui en un quart d’heure,
  • les sous-titres, qui s’écrivent tout seuls,
  • le tri des silences, qui prenait des heures,
  • l’intro animée, qui prenait une heure à construire.

Ces quatre tâches ont un point commun : elles se répètent, et elles se font toujours de la même façon. Une machine apprend très bien ce genre de travail. Si ton travail se limite à ces tâches, il est en danger, et mieux vaut le savoir aujourd’hui que dans deux ans.

Théo Bayoux souriant à son bureau de montage, micro à côté
Une machine sait couper. Choisir quoi couper reste ton travail.

Sauf que la liste de ce que l’IA ne fait pas est bien plus intéressante pour toi.

Ce que l’IA ne fait pas, et qu’on te paiera

Gérer de vrais volumes de rushs, les images brutes d’un tournage. Un tournage, c’est parfois 50 Go de fichiers (le Go, ou gigaoctet, mesure la place que prend un fichier). Dans mon expérience, les outils grand public peinent déjà avec quelques centaines de mégas, une quantité bien plus petite.

Choisir ce qu’on garde. Repérer, dans deux heures de tournage, les 40 secondes qui feront réagir, c’est une décision, pas une tâche.

L’humour et l’émotion. Le moment où tu coupes une phrase pour faire rire, ou celui où tu laisses un silence pour émouvoir.

Les allers-retours. À chaque retour du client, il faut réécrire toute la demande à la machine. Toi, tu comprends « un peu plus punchy », c’est-à-dire un peu plus vif, en une phrase.

Surtout, personne ne cherche un robot : un créateur veut un monteur qui comprend sa chaîne.

Ce que l'IA fait déjà (sous-titres, silences, audit de chaîne, intro) et ce qu'elle ne fait pas (choisir le moment, l'humour et l'émotion, les allers-retours, les gros volumes de rushs)
Ce que l’IA fait, et ce qu’elle ne fait pas.

Le clipping montre bien ce que vaut ce choix humain. Le clipping, c’est découper les moments forts d’une longue vidéo en petits extraits. D’après Business Insider, cité par Tubefilter en avril 2026, un streamer américain a versé plus de 1,4 million de dollars en cinq semaines à 303 clippeurs, payés environ 40 dollars pour 100 000 vues. N’importe quel outil sait couper une vidéo. Ce que ce streamer paie, c’est de savoir quel moment couper. Mets ces deux listes côte à côte, et tu vois apparaître deux métiers.

Ma prédiction : deux monteurs vidéo en 2028

En 2028, l'exécutant comparé à l'IA sur le prix disparaît ; le monteur qui décide utilise l'IA, vend ses choix et augmente ses prix
Dans dix-huit mois, deux métiers différents.

Voilà ce que je vois venir d’ici dix-huit mois, et au plus tard en 2028.

L’exécutant. On lui envoie des rushs, il fait ce qu’on lui dit, et il livre. Il fait ce que l’IA fait de mieux en mieux, donc le client le compare à l’IA sur le prix. Il disparaît, ou il tombe à des prix dont personne ne veut.

Le monteur qui décide. Il se sert de l’IA pour aller trois fois plus vite sur tout ce qui se répète. Il s’en sert aussi pour démarcher : en cinq minutes, l’IA analyse la chaîne d’un créateur et lui sort trois idées de vidéos, qu’il propose dans son message. Et il facture ses décisions : quoi garder, quoi couper, quel format, quelles idées. Lui, il augmente ses prix.

Cette prédiction a une conséquence que peu de monteurs voient venir : les années de métier vont peser beaucoup moins lourd. Quelqu’un de bien formé pendant six mois, qui sait se servir de l’IA et qui sait décider, passera devant quelqu’un qui a quinze ans de métier et qui a arrêté d’apprendre. Pour toi qui débutes, c’est une porte qui s’ouvre, pas une porte qui se ferme. Donc aujourd’hui, ne te demande plus s’il est trop tard. Demande-toi de quel côté tu commences.

Exécutant ou monteur qui décide : fais le test

Cinq questions, une minute. Réponds honnêtement, personne ne voit tes réponses.

Exécutant ou monteur qui décide ?

1. Tu proposes des idées de vidéos à tes clients, sans qu'ils te le demandent ?

2. Tu utilises des outils d'IA pour les sous-titres, les silences ou le dérush ?

3. Tu factures à la vidéo ou au mois, et pas à l'heure ?

4. C'est toi qui choisis les moments à garder dans les rushs ?

5. Tu trouves tes clients toi-même, sans dépendre des plateformes ?

Ton résultat ne dit pas qui tu es. Il dit où tu en es aujourd’hui, et ça, tu peux le changer cette semaine.

Que faire dès aujourd’hui pour ne pas être remplacé

Un, apprends les outils d’IA de ton logiciel pour tout ce qui se répète : sous-titres, silences, dérush (le tri des rushs avant de monter). Le temps que tu gagnes devient de l’argent pour toi, et combien facturer un montage quand on débute explique pourquoi.

Deux, vends des décisions, pas des heures. Ajoute à ton offre des idées de vidéos, des scripts ou du clipping. L’IA ne fait pas ces choix à ta place, et les créateurs n’ont pas le temps de les faire.

Trois, démarche avec l’IA. Analyse la chaîne du créateur, et propose-lui trois idées de vidéos dans ton message, avec un montage offert. En appel, un débutant m’a raconté son essai : « J’ai quand même écrit, ou co-écrit, le message avec ChatGPT […] c’est la seule qui m’a répondu depuis 2, 3 mois. » La méthode complète est dans comment trouver des clients quand on est monteur vidéo débutant.

Ces trois gestes vont te rendre beaucoup plus rapide. Et c’est justement là qu’un dernier piège t’attend.

Le jour où tu montes trois fois plus vite

Ce piège n’attend pas ceux qui échouent. Il attend ceux qui réussissent. D’ici quelques mois, l’IA te fera monter trois fois plus vite. Une vidéo qui te prenait trois heures t’en prendra une.

Ce jour-là, tu seras tenté de baisser tes prix d’autant. Et si tu factures à l’heure, c’est ton client qui te les fera baisser. Pourtant, il reçoit exactement la même vidéo.

Je t’en préviens maintenant parce que ce gain de vitesse va arriver, et que tout se décide avant, au moment de ton premier devis. Facture la vidéo, jamais l’heure. Retiens cette phrase : « Le client n’achète pas tes 20 minutes, il achète les deux ans que tu as mis à pouvoir le faire en 20 minutes. » La vitesse que l’IA te donne doit finir dans ta poche, pas dans celle du client.

Dans dix-huit mois, de quel côté seras-tu ?

Tu peux attendre de voir. Dans dix-huit mois, tu te poseras la même question qu’aujourd’hui, avec des outils encore plus rapides en face de toi, et des tarifs d’exécutant encore plus bas.

Ou tu commences maintenant, avec les outils qui existent déjà, et une seule règle : l’IA fait ce qui se répète, et toi, tu décides. Dans dix-huit mois, ce sont tes idées que les créateurs viennent chercher, et ce sont tes choix qu’ils paient.

Questions fréquentes

Est-il trop tard pour devenir monteur vidéo en 2026 ?

Pour ceux qui savent seulement monter, le métier devient difficile. Pour ceux qui apprennent à décider, à se servir de l’IA et à trouver leurs propres clients, non. Et comme les années de métier comptent de moins en moins, commencer en 2026 n’est pas un retard.

Faut-il encore apprendre Premiere Pro ?

Oui. Les outils d’IA arrivent à l’intérieur des logiciels de montage, ils ne les remplacent pas. Et pour juger ce que l’IA te propose, tu dois savoir monter toi-même.

Les créateurs vont-ils monter eux-mêmes avec l’IA ?

Quelques-uns, pour des vidéos simples. Mais ceux qui avaient le temps de monter eux-mêmes le faisaient déjà avant l’IA. Un créateur qui vend un coaching ou une formation aime mieux passer ses heures à vendre.

Quels outils d’IA utiliser pour monter plus vite ?

Commence par ceux qui sont déjà dans ton logiciel : la transcription automatique (le logiciel tape pour toi ce que disent les gens), le montage à partir du texte, la suppression des silences, les sous-titres. Ce sont eux qui te rendent le plus d’heures.

Ton prochain pas

Tu vois maintenant vers où va le métier. La vraie question, c’est de quel côté tu te trouves en ce moment. Réserve un appel gratuit pour faire le point : où tu en es aujourd’hui, et ce qu’il te manque pour passer du côté du monteur qui décide. Dans l’accompagnement, la maîtrise des IA a son propre chapitre, à côté du montage et de la recherche de clients, et une centaine de membres font déjà partie du groupe. Tu arrives avec la peur d’être remplacé. Tu repars en sachant ce que la machine fera pour toi, et ce que toi seul sauras vendre.

Voir de quel côté je suis

Portrait de Théo Bayoux, fondateur de Montage Guépard

Théo Bayoux monte des vidéos depuis 2012 et a fondé Montage Guépard, l’accompagnement qui forme des monteurs freelances à trouver leurs propres clients. Son groupe de commandes a déjà confié plus de 2 000 shorts publicitaires à ses membres.

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